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Un stade avant le Brennus

Oui, le rugby à Bordeaux a ressuscité. Et ce n’est pas un miracle. D’abord parce qu’en bons porteurs des gènes du Sud-Ouest, les Girondins n’ont cessé d’appeler cette renaissance de leurs vœux. Mais celle-ci doit surtout à la clairvoyance et au courage d’un homme, Laurent Marti. Car il en fallait de la vaillance et de l’optimisme pour rebâtir en 2006 un projet ambitieux avec les maigres moyens du CABBG et du Stade Bordelais réunis. Lorsque, au cours des premières saisons difficiles de la jeune Union Bordeaux-Bègles, ce nouveau président sollicitait les collectivités locales pour l’aider à faire progresser son budget, j’ai entendu un élu me dire : “Rendez-vous compte, pour monter en Top 14, il faudrait dix millions d’euros. C’est introuvable.”

Et pourtant… Après des années de purgatoire en Pro D2, où parfois au cœur de l’hiver, les supporters n’étaient guère plus de deux mille à se geler le long des pesages du stade Moga, le pari a fini par être gagné. Et avec quel éclat !

Recrutement judicieux, état d’esprit exemplaire, l’équipe managée par Marc Delpoux, puis par Raphaël Ibañez a conquis peu à peu le monde du rugby. L’UBB, avec l’un des plus modestes budgets du championnat, produit aujourd’hui l’un des jeux les plus séduisants de l’hexagone ovale.

Cette saison 2012/2013 s’est conclue en apothéose, avec une victoire au stade Chaban-Delmas devant 33 000 spectateurs aux anges. Ferveur, drapeaux, communion sur la pelouse comme en tribunes, rien ne manquait à la fête. Mais une fois les lumières du stade éteintes, se pose la question : jusqu’à quand se rallumeront-elles ?

Car l’UBB cumule les paradoxes. C’est ce qui fait son charme, mais aussi sa fragilité. Seconde affluence du Top 14 derrière Toulouse et devant Clermont, grâce à un énorme engouement populaire, l’équipe phare de l’agglomération ne dispose ni de subventions publiques à la hauteur de ce qui est pratiqué à Toulouse ou Montpellier, ni d’un stade à sa mesure. Et c’est là le plus inquiétant, de l’avis même de son président.

L’historique stade André Moga de Bègles ne peut accueillir qu’un peu plus de 9000 spectateurs dans des structures vieillottes, un stade de division amateur, qui condamne l’équipe à une mort lente.

Car ce n’est qu’en délocalisant la moitié des matchs de la saison dans les 40 000 places du stade Chaban-Delmas, antre des Girondins de Bordeaux, que l’UBB parvient à atteindre son équilibre financier et à enflammer les foules.

Seulement voilà : Les Girondins vont quitter en 2015 cette enceinte pour rejoindre le Grand Stade flambant neuf dont la construction a commencé à Bordeaux-Lac. Pour la mairie de Bordeaux, la cause semble entendue : Elle n’a pas les moyens d’entretenir deux équipements sportifs majeurs. Le stade Chaban-Delmas va perdre sa vocation sportive. Après 2017, l’UBB devra aller jouer ailleurs.

Mais où ? Noël Mamère, maire de Bègles, souhaite rénover et agrandir le stade André Moga pour le porter à 18 000 places. Le hic, c’est que ni la mairie de Bègles ni aucune collectivité locale ne dispose du budget pour payer l’addition, 30 millions d’euros au bas mot. Le futur Grand Stade du Lac, construit pour les Girondins, ne sera accessible que pour quelques grandes affiches et au prix fort. Car l’exploitation de cet équipement a été confiée à un groupement privé.

Alors ? La seule vraie solution, celle qui fait consensus auprès de la majorité des supporters de rugby, solution qui a été proposée récemment par des élus communautaires est celle-ci : Affecter ce stade Chaban-Delmas libéré à l’UBB et faire du stade André Moga le centre d’entraînement et le lieu de vie de l’équipe. Tout plaide pour cette option. Le public d’abord, qui se rend en masse à Chaban et dont une large part ne pourra jamais se rendre à Moga, par manque de place. L’économie, ensuite. Pourquoi dépenser tant d’argent pour doubler la capacité de Moga (ce qui sera encore insuffisant) alors qu’un stade existe, disponible, dont la mairie de Bordeaux ne sait en réalité que faire ?

La logique qui rime avec politique n’est pas toujours simple à être mise en œuvre. À la différence d’autres communautés urbaines plus jeunes, la CUB ne dispose pas de la compétence sportive. C’est un grave handicap qui l’empêche de prendre à son compte un sujet comme celui-ci. Car c’est bien la communauté urbaine, détentrice des moyens les plus importants, qui doit pourvoir au stade de l’équipe de rugby de l’agglomération.

Le président de la CUB a deux décideurs à convaincre. Alain Juppé, qui a largement démontré son soutien à l’UBB, doit faire la passe décisive, en accordant la compétence sportive dont la CUB a besoin. Celle-ci pourrait alors financer l’entretien du stade Chaban-Delmas devenu communautaire et apporter en outre au club les subsides qui lui font toujours défaut.

Noël Mamère, autre soutien indéfectible de l’Union, doit pour sa part admettre qu’il existe une meilleure stratégie que la sienne et se réjouir de voir pérennisé le rôle du vénérable stade Moga, âme et centre d’entraînement du club. Sa ville ne perdra pas le rugby, puisque ses racines et sa vie quotidienne y resteront.

DR

Oui, pour des hommes politiques jaloux de leurs prérogatives, il y a probablement des sacrifices douloureux à consentir. Veut-on le succès du club ou ne le veut-on pas ? Laurent Marti a pour ambition de ramener le Bouclier de Brennus à Bordeaux. Cet objectif-là mérite une action collective et quelques beaux gestes.

Serge Legrand-Vall

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Photos : http://www.ubbrugby.com/stades.html

Commentaires

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  • Bel article, bel hommage à L. Marti et bel hommage à l’Union.
    Il ne reste plus qu’aux intéressés à te lire et à espérer qu’ils écouteront le sage que tu es…

    Je te pensais littéraire, mais je ne te connaissais pas romancier, publiciste, rédacteur, chroniqueur…!
    En fait je ne savais rien de toi….
    Chapeau bas Monsieur Sergio

    Pat

    Autrement…. tu le penses vraiment ça…. ? « Noël Mamère, autre soutien indéfectible de l’Union » (O:

  • Parfait résumé de la situation Serge. De plus en plus de monde commence à partager ton analyse et espérons que nos aimables politiques convergeront enfin et permettront de mettre en œuvre la solution optimale qui leur tend les bras. S’il fallait attendre que les élections de 2014 soient passées, ce serait dommage mais Bordeaux n’est pas un lieu où on se précipite 🙂

    Pat, oui Noël soutien l’Union … comme la corde soutien le pendu 🙁

  • Mercés hòrt Sèrgi. Au projècte de fusion SB / CAB avèvi imaginat l’UNIRAN = UNIon Rugby Aquitaine Nord e qui avèva un sens tanben en lenga nòsta. Passat pròche… L’UBB ganharà lo Brenus, va faler esperar 5 ans pensi. Se contunhan de progressar. Adara qu’Agen es en Pro D2 (per un moment) l’UBB deu jogar un ròtle deus majoraus ! Hèi beròi e ten-te fièr. Eric.

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