Jugeote

Le port du jean déchiré sera obligatoire

NOUVELLE SONORE 10

Si vous n’êtes pas encore allés visiter le Musée des Arts Premiers, sachez que ce n’est pas comparable avec une visite ordinaire comme celles que l’on projette de faire au Palais de Tokyo, à Beaubourg, à la Pinacothèque ou encore à la galerie du jeu de Paume. Le mot «visiter» n’est pas approprié. Il serait plus opportun de parler d’expédition.

Prévoir chaussures de montagne, sac à dos, boussole, trousse à pharmacie, une lampe de poche, une couverture et des rations de survie pour une ou deux nuits. Une expédition au musée du Quai Branly ne s’improvise pas, ne se fait pas en chemisette à carreaux et en tailleur sixties. Pour mieux comprendre une peuplade comme celle par exemple du Chhattisgarh, pour aisément traverser l’Océanie, l’Asie, l’Afrique et les Amériques, il faut complètement s’immerger dans l’environnement du Musée, ne surtout pas hésiter à tromper les services de sécurité en fin de journée quand vous êtes priés de vous diriger vers l’extérieur, et improviser une nuit quelque part en installant un hamac de jungle à moustiquaire.

Je me suis présenté en jean G-Star, tee shirt Violent Femmes, Converses usées, je suis passé indéniablement à côté de tout. Pour apprécier le Musée du Quai Branly à Paris, il vous faut du temps, il ne vous faut personne d’autre que votre sac à dos à proximité de vous, aucun enfant qui pleure, aucune conversation technologique, aucune conversation contemporaine tout court, aucun groupe de visite planté telle une forêt face aux sculptures zoomorphes du Panama.

Pour bien saisir la nature de ces civilisations non occidentales, pour nous, occidentaux, vivant à l’opposé d’où le soleil se lève,  vivant de l’autre côté du reste du monde, sans doute faut-il enfiler à notre tour ces masques africains, pour immédiatement nous représenter si différent de celui qu’on est, devenir une force d’origine divine ou un ancêtre qui revient, puis, enfiler des costumes venus d’Asie pour sûrement nous apercevoir que nous nous emmerdons tranquillement depuis vingt ans à porter des tissus plats hors de prix, tous tamponnés avec de la poudre sérigraphique pour former des dessins moches, abîmés dès le deuxième lavage quand des teintures ont tenu deux cent ans.

Enfin, pour être à même de saisir les sensations premières de cet art premier, sans doute faut-il s’emparer des instruments de musique et de tenter rejouer un de nos morceaux, rendu planétaire à grand renfort marketing tel que, le Jumping Jack Flash des Stones en utilisant successivement, des cloches d’Indonésie pour restituer Brian Jones, un arc musical de Guinée pour substituer Bill Wyman, des crotales du Gabon pour reprendre la percussion de Charlie Watts et une vielle du Cameroun désaccordée pour jouer du Keith Richards. Quand à vous, un -“But it’s all right, now in fact it’s a gas, But it’s all right. I’m Jumpin’ Jack Flash It’s a gas! Gas! Gas”, suffira.

Tout au long de ma visite je n’ai cessé de constamment croiser des gens munis d’appareils miniaturisés à l’oreille, je me suis dit, non ? Il y a un vigile au mètre carré. Comment le Musée du Quai Branly croit-il que nous puissions briser en total silence ces vitrines et nous emparer anonymement d’une sculpture du Mozambique, d’un panneau sculpté polychrome du Congo, ou d’une statuette magique d’Angola ?

Dans une petite salle, j’ai croisé un garçon qui commentait à son ami l’histoire des divinités qui étaient disposées là devant eux, plusieurs minutes à lui expliquer l’histoire d’une seule sculpture. Une visite de luxe commentée, individualisée. Autour de moi je ne connaissais personne qui étudiait les cultures anciennes. La sociologie, le journalisme, les arts appliqués, le génie mécanique, la photographie ou l’optimisation data, mais rien ni personne qui puisse m’expliquer ce que foutent deux divinités sur une balançoire du XIXe siècle en Indes.

Quelques instants plus tard j’ai compris que ce que je prenais pour des appareils miniatures entre les mains d’une armée de vigiles, n’étaient autres que des audioguides. Quel contraste étonnant. Toutes ces divinités qui semblent vivre, et nous en parfaits robots. Je me suis demandé, si la  prochaine fois, je n’entreprendrais pas une visite particulière. Observer les visiteurs qui observent à leur tour. Je créerais des audioguides qui commenteront notre civilisation actuelle. Le port du Jean déchiré sera obligatoire.

Stephan Pluchet / SHORTNOTES 2015 / https://www.pinterest.com/THESHORTNOTES/

photographie Serie Noire . http://www.serie-noire.fr/ConceptStore / Jean J-Brand

“Je me suis présenté en jean G-Star, tee shirt Violent Femmes, Converses usées, je suis passé indéniablement à côté de tout.”

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Isabelle Camus (comme Albert) née un 13 juillet (comme Simone Veil). Blogueuse en série éclectique, obsédée textuelle assumée, vélo reporter rébiolutionnaire, à la pointe de mon stylo, je me plie en quatre pour te faire découvrir Bordeaux (mais pas que) en mode Culture, Écologie, Vie de quartier, Cause des Femmes et Bien-être animal
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