Jugeote

Voila un questionnement parfaitement accommodant avec un café et de la pluie autour

NOUVELLE SONORE 11

Aujourd’hui c’était plutôt bien parti pour qu’il ne se passe rien. Une pluie incessante devait m’obliger à me cloîtrer dans un intérieur que je connaissais. Malgré tout, je suis sorti, suis allé ailleurs, avec une curiosité naissante, celle d’observer de plus près que je ne puisse le faire chez moi derrière de larges vitres la pluie remplir l’espace.

L’observation de cette pluie m’a rappelé la goutte d’huile qui tombe dans l’eau, une chute hétérogène interminable. De sa faible envergure de goutte, repousse instantanément une masse immensément consistante à peine après avoir touché sa surface. C’est à peu de chose prêt ce qui se produisait, là, devant moi, un million de gouttes s’abattaient sur le sol repoussant vers l’extérieur des places, des rues, des chaussées, la moindre masse humaine.

Une heure plus tard il pleuvait toujours, il me semblait en connaitre plus sur la condition de vie d’une goutte d’eau que sur la condition de la mienne propre. Certaines avaient, il me semble, plus de chance que d’autres de chuter sur un obstacle telle une vitre ou une palissade ou encore une rampe, et de pouvoir vivre seule un temps non négligeable, avant de se faire rattraper par l’accumulation de milliers d’autres entrainées par le vent, à vivre une existence commune et de se réincarner en flaque.

Et puis, je me suis aperçu qu’il y avait plus de gens sans parapluie que de gens munis d’un. Le commerce du parapluie est-il cette activité probante et visionnaire vers laquelle la jeune génération doit envisager de se tourner, plutôt que d’encombrer les amphithéâtres d’écoles de marketing et apprendre à innover des stratégies digitales qui encombreront plus encore qu’elles ne le font déjà nos lectures responsives ? Vu le nombre de gens qui ne possèdent pas encore de parapluies, j’aurais vingt ans, je quitterais les couloirs de mon école qui me prédestinent à une vie de famille dématérialisée, pour louer un local dans lequel s’était tenu en son temps un kebab et vendre des parapluies.

Pour tout vous dire, j’ai trouvé ça tout à fait curieux, même eu l’impression que jusqu’à la semaine dernière cet objet n’existait pas ! Que jusque là, nous nous abritions comme nous pouvions, sur un rebord de quinze centimètres, collés, dos à une vitrine, comme une affiche de spectacle. J’ai observé longuement deux personnes s’enlacer sous la pluie puis s’embrasser. Lui, portait un casque orange avec des lunettes d’aviateur comme celui que porte Satanas dans Satanas & Diabolo. Ils sont repartis, seul, lui sur son moto Guzy vers l’extérieur de la ville, elle, à pieds vers l’intérieur. Les femmes ont toujours eu un faible pour les aventuriers.

Pendant ce temps, le salon de thé ou je m’étais réfugié passait l’anthologie de Michaël Jackson. Je suis visiblement arrivé au bon moment; sa période de collaboration avec Quincy Jones il y a 35 ans ! Qu’est-ce que j’ai fait pendant 35 ans ? Voila un questionnement parfaitement accommodant avec un café et de la pluie autour. J’ai préféré me plonger dans mon bouquin. Une phrase a retenu toute mon attention. – « J’ai trouvé un moyen de combattre le manque, je me plonge dans la dépression et j’en ressors de l’autre côté.» C’est un peu ce qui s’est passé pour moi quelques minutes après. J’ai atterri dans une rue et en suis ressorti de l’autre côté avec un album Atlantic Records « The Shape of Jazz to Come » d’Ornette Coleman de 1959. Que s’est-il passé pour que j’atterrisse si loin dans le temps alors que j’étais paisiblement en 1982 ?

En rentrant, j’ai croisé un type qui disait me reconnaître…”Tu connais Pierre ? » « Non ! » « Tu connais Nina ? » « …Nina ! ? euh oui mais tout dépend laquelle ? » « Bon ben c’est toi ! » Le gars avait donc décidé à ma place que c’était moi. Plus loin, j’ai observé l’instant présent se dédoubler et une flaque d’eau me photographier.

Stephan Pluchet / SHORTNOTES 2015 / https://www.pinterest.com/THESHORTNOTES/

Photographie / Ornette Coleman 1959 Atlantic Record

“Que s’est-il passé pour que j’atterrisse si loin dans le temps alors que j’étais paisiblement en 1982 ?”

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Isabelle Camus (comme Albert) née un 13 juillet (comme Simone Veil). Blogueuse en série éclectique, obsédée textuelle assumée, vélo reporter rébiolutionnaire, à la pointe de mon stylo, je me plie en quatre pour te faire découvrir Bordeaux (mais pas que) en mode Culture, Écologie, Vie de quartier, Cause des Femmes et Bien-être animal
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