Jugeote

Un vertige de moins qui crève l’oreiller | nouvelle sonore 04

Aujourd’hui était un jour gris quoi qu’on en dise, un ton Grey peu importe le numéro de la nuance.

De ces jours là, le ciel absorbe le chahut de nos trépidations, absorbe l’engouement qui nous rendrait de si tendres aveugles, absorbe notre naïveté à tout contrôler comme, bicycletter l’asphalte, étouffer l’herbe, libérer des paroles douces et rondes à d’autres devenus doux et ronds, terrasser les places, immonder le moindre espace, obstruer l’horizon des rues, des axes, jusqu’au jour naissant, jusqu’à ce que, noctambules, nous voyagions, ivres jusqu’au bout de la nuit. Aujourd’hui, suspendu au dessus de nous; un ciel blanc sur lequel nous étions tous dans l’impossibilité d’y inscrire la moindre chose de nos vies craies, de nos âmes plumes, de nos cris feutres, de nos rêves écolines sans vraiment savoir pourquoi.

J’ai débarqué chez un disquaire dont l’espace du magasin doit faire quatre fois celui de ma salle de bain. Je suis tombé sur ce type qui aujourd’hui visiblement n’avait aucune envie de m’accompagner dans n’importe laquelle de mes découvertes musicales, néanmoins, j’ai demandé à écouter « Onze Danses Pour Combattre la Migraine » de Aksak Maboul. Je n’étais visiblement ni attendu, ni convié, ni souhaité dans ce local; sorte de parallélépipède Ottoman sonore encastré dans cette rue, avec un Turc despotique dedans, voué à l’oubli. Je m’y suis rendu seulement pour l’objet dont j’aurais ce coup de cœur, avec lequel je rentrerais, plutôt heureux que lui et moi nous soyons rencontrés. Le Turc, satisfait derrière son petit bureau me laissais pensif… Comment peut on s’emmerder autant chaque jours dans une salle de bain qui n’en est pas une ? Ce mec avait autant envie de ne rien me vendre, que moi envie de ne rien lui acheter. Je lui ai dit au revoir, il m’a renvoyé du bout des lèvres le même mot craché en postillons altaïques.

Puis, je me suis cassé, je me suis rendu chez un autre disquaire plutôt débonnaire, un magasin aux proportions nettement différentes du précédent, dont le local ressemble à un accessoire en trois dimensions fétiche à Vivienne Westwood… une épingle à nourrice. Une personne à l’allure corpulente ne passerait pas ce passage délicat qui consiste à tourner sur la pointe des pieds, tout en évitant des centaines de disques posés au sol. Autour du comptoir, quatre types ré-visitaient leur histoire du rock, celle qu’ils ont connue lorsque, jeunes, les mains enfermées dans les poches de leur Teddy, ils nourrissaient leur rêve à faire le même métier que les jeunes Kinks. Quarante six ans plus tard, soit, cette après midi, ils se remettaient tous à reconsidérer la qualité musicale de leur jeunesse garage. Pendant ce temps là, moi, élevé comme jeune môme feignant, aux Corn Flakes, aux Bolinos, à Dallas, à Sardou et finalement à l’après punk, je dégageais chacun des vinyles collés les uns aux autres jusqu’au dernier, et, de bac en bac, de période en période, et de décennie en décennie je partais à la recherche de quelque chose d’autre que ce que je possédais déjà.

En sortant, je me suis rendu chez le dernier disquaire qui balisait mon chemin du retour, l’espace du local carrelé était semblable à celui d’une petite crêperie de quartier. Derrière son comptoir, un type seul, aux cheveux épais et longs dans des vêtements épais et longs, écoutait comme à chaque fois que je m’y rends, une musique digne de ne figurer nulle part. je suis sorti presque aussi rapidement que j’étais rentré me demandant subitement si j’étais rentré ! Arrivé chez moi, je suis passé par le Carrefour Market, j’ai acheté de quoi me nourrir pendant quatre jours. Tout en déballant mes articles, la table s’est mise à vibrer de l’atterrissage d’un sms. – « Bashung est mort.»

Stephan Pluchet / SHORTNOTES 2015 / https://www.pinterest.com/THESHORTNOTES/

Est-ce aimer / Alain Bashung / alb. l’Imprudence / Barclay Records / 2002

“De ces jours là, le ciel absorbe le chahut de nos trépidations, absorbe l’engouement qui nous rendrait de si tendres aveugles”

 

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Isabelle Camus (comme Albert) née un 13 juillet (comme Simone Veil). Blogueuse en série éclectique, obsédée textuelle assumée, vélo reporter rébiolutionnaire, à la pointe de mon stylo, je me plie en quatre pour te faire découvrir Bordeaux (mais pas que) en mode Culture, Écologie, Vie de quartier, Cause des Femmes et Bien-être animal
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