Jugeote

Oui, cher Monsieur, nous savons que le gérant de cet établissement est un incapable

NOUVELLE SONORE 21 

Hier soir, je me suis infligé quatre vingt dix minutes d’un match de football. En fait pour être tout à fait précis, comme il ne se passait rien, en tout cas rien d’autre que de ce que j’ai déjà vu mille fois, j’ai créé d’autres mi-temps tout au long du jeu que celle qui existe officiellement au milieu.

J’ai baissé le son, suffisamment haut pour entendre les 80 000 spectateurs me prévenir qu’une action risquait de changer la physionomie du jeu, et suffisamment bas pour pouvoir écouter ce Mad For Sadness d’Arab Strap tout en faisant en sorte que les commentaires de jeu ne s’emmêlent pas avec les phrases de ses nouvelles tirées de ce Conte pour petites filles criminelles que je tenais entre mes mains et que je m’apprêtais à commencer.

Entre deux minis-meurtres, je remontais le son de la télévision afin de faire rentrer un peu plus de monde dans ma pièce et permettre à cette petite fille munie de son scalpel de s’attaquer à une autre personne que moi, sait-on jamais, comme un supporter de Liverpool, ou bien un joueur qui ne servait à rien depuis le début de la rencontre.

Puis, en toute fin de soirée, je suis allé me connecter sur le site du Groupe Champion, oui nos supermarchés. J’ai pris le temps de remplir l’onglet nommé suggestion ; je ne savais pas si les miennes seraint lues, au mieux imprimées, ou commentées en réunion de début de semaine dans un bureau spacieux, même si au regard de l’enthousiasme que j’y mettais, je m’éloignais progressivement de la définition du mot suggestion et que je me rapprochais très nettement du mot plainte, plainte, oui c’est ça, c’est très bien plainte.

Hier soir, j’en ai eu assez. Assez qu’en rentrant de faire mes courses en arrivant chez moi le sucre en poudre s’écoule et cristallise le sol , mon pack de yaourt soit percé, le tapis de bain neuf soit déjà pré-taché, que la viande soit avariée, assez de devoir trier un oignon parmi un ensemble d’autres moisis, assez des salades abîmées, des tomates en décomposition, assez des sols.

glissants, des morceaux de verre qui gisent trop longtemps sans que personne n’y fasse rien, et puis les gens ne font pas tomber les bonnes bouteilles, laissez au moins vous échapper des mains des bouteilles de gin Hendrix, des whisky de l’île d’Islay, que les semelles de nos chaussures tapissent les sols de nos intérieurs de baies de genièvre et de tourbe.

Assez des rayonnages vides, assez de ces caisses sans aucune surface de réception pour poser plus de trois produits, assez qu’ils me soient plus souvent jetés et de les observer s’entasser jusqu’à former une petite montagne devant moi, assez de voir autant de vigiles nous regarder tous porter notre caddie rouge comme un petit chaperon prêts à nous faire bouffer au rayon fruits et légumes par des hordes de moucherons. Assez, de se sentir voleur avant d’être acheteur.

Je suis allé faire changer mon morceau de viande nauséabond pour un morceau de viande tout court. J’attends maintenant, qu’une personne réponde à mon mail en me disant.

-“Oui, cher monsieur, nous savons que le gérant de cet établissement est un incapable, mais je dois vous avouer que nous le sommes tout autant que lui, je le suis tout autant que les autres, nous sommes de pauvres merdes, nous nous moquons bien du confort et de l’accueil de nos clients, pour cela il existe des Spa, des hôtels, nous privilégions tout d’abord l’argent que  doit nous apporter avant tout ce business, que vous êtes curieusement un des rares à vous plaindre, plus personne ne se plaint, que de toute façon on vous enverra sûrement un bon de réduction d’une valeur de 25 euros à valoir sur votre prochain achat mais que rien ne changera. Et vous, vous êtes champion dans quoi ?”

Stephan Pluchet / SHORTNOTES 2015 / https://www.pinterest.com/THESHORTNOTES/

artdesign : Etienne Moutot 2009 – music :  Phone me tomorrow Arab Strap alb Mad For Sadness

…assez de voir autant de vigiles nous regarder tous porter notre caddie rouge comme un petit chaperon prêts à nous faire bouffer au rayon fruits et légumes par des hordes de moucherons

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Isabelle Camus (comme Albert) née un 13 juillet (comme Simone Veil). Blogueuse en série éclectique, obsédée textuelle assumée, vélo reporter rébiolutionnaire, à la pointe de mon stylo, je me plie en quatre pour te faire découvrir Bordeaux (mais pas que) en mode Culture, Écologie, Vie de quartier, Cause des Femmes et Bien-être animal
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