Des militantes du collectif la Barbe, le 26 août devant le Panthéon. Photo Thomas Samson. AFP
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La ville faite par et pour les hommes

Des militantes du collectif la Barbe, le 26 août devant le Panthéon. Photo Thomas Samson. AFP
Des militantes du collectif la Barbe, le 26 août devant le Panthéon. Photo Thomas Samson. AFP

La ville faite par et pour les hommes de Yves Raibaud est un ouvrage qui démontre en 60 pages comment les inégalités femmes-hommes sont entretenues dans l’espace urbain. Des plaques de noms de rues à la culture du harcèlement de rue, les femmes ont été et sont toujours mises à l’écart ou bien trop souvent inquiétées, agressées, en butte à de multiples attaques verbales ou physiques. Alors, victimisation, exagération ou constatation ? Qu’en est-il vraiment de la place de l’autre moitié de l’humanité, ici, en ville aujourd’hui ?

Yves Raibaud est un géographe, chercheur à l’Adess et maître de conférences à l’Université Bordeaux Montaigne. Chargé de mission égalité femmes-hommes, il se penche principalement sur les thèmes du genre et de la ville.

Yves-Raibaud-La-Ville-faite-par-et-pour-les-hommes-BelinSon livre « la ville faite par et pour les hommes » fait partie de la collection féministe Égale à Égal, des éditions Belin. Il s’appuie sur une série d’études réalisée ces dernières années, notamment à Bordeaux. C’est un recueil de témoignages, de citations, de chiffres et de statistiques, qui nous prouvent que les inégalités de genre sont bien ancrées dans la rue où l’on circule dès le plus jeune âge.

« Aux grands hommes, la patrie reconnaissante »

Cette devise vous dit sûrement quelque chose. Elle est gravée sur le fronton du Panthéon.
Le livre débute par là. C’est la mémoire des grands hommes qui est célébrée dans toutes les villes. L’exclusion des femmes dans l’histoire introduit d’entrée les inégalités, notamment en ville.

A Bordeaux, 92 % des rues et des plus grands axes ont des noms de mecs.
L’espace public serait donc majoritairement viril, de quoi plonger dès l’enfance dans la banalité de la domination masculine dans la rue.

La culture du harcèlement de rue

Le harcèlement de rue est le sujet le plus développé dans ce livre. Pour cause, plus d’une Francilienne sur trois dit avoir « peur dans son quartier le soir » contre moins d’un Francilien sur dix. Selon Yves Ribaud, la culture masculine n’a eu de cesse de banaliser le harcèlement de rue qualifié dans le livre de drague agressive.

« Les violences de genre dans la ville, l’insécurité et les cultures urbaines masculines ne font qu’un »

Comme le rappelle l’auteur le harcèlement de rue ne provient pas seulement d’homme frustrés, d’obsédés sexuels ou d’étrangers, mais aussi d’hommes cultivés et « bien blancs » !

« La ville est à parcourir, à caresser, à pénétrer comme un corps féminin » Pierre Sansot, Poétique de la ville (1973)

Quand se déplacer va de pair avec mots et gestes déplacés (quand ce n’est pas plus)

  • « Dans le tram, un homme pose sa main sur la mienne avec laquelle je me tenais. Je la déplace, il insiste et repose la sienne sur la mienne. Je la retire et finis finalement par arrêter de me tenir, pour qu’il me laisse tranquille. »
  • « Aux alentours de 22h Cours Victor Hugo, un homme visiblement alcoolisé passe sa main sur les fesses d’une amie et insiste en lui disant : « t’es belle ». Sous le regard des passants, il s’enfuit après qu’on lui ai dit de dégager et menacé d’appeler la police. »

Des témoignages comme cela, il en existe dans toutes les villes. Il suffit de se rendre sur le tumblr de Paye Ta Shneck pour lire de nombreux récits de femmes qui se sont faites harceler dans l’espace public.

  • « Eh toi, joli petit cul ! Putain réponds, j’t’ai fait un compliment là ! » Lyon, en pleine après midi alors que je marchais tranquillement avec une amie, j’ai 15 ans.
  • « Les filles comme toi, je les viole » Paris, Chatelet, dans un couloir de métro à 20h.

Entendu dans la rue :

Un homme la nuit vers 1h du matin « Eh ! Je peux essayer ton vélo ?! ».

Hop, vous donnez un coup de pédale et filez à toute allure histoire qu’il sente un grand vent de solitude.

Au fait, le vélo ?

Une enquête, réalisée à Bordeaux en 2013, révèle que 60% des cyclistes sont des hommes, contre 40% de femmes. Pour certaines, ces chiffres s’expliquent par leur « condition féminine ». Le mauvais temps, les enfants, la tenue, le manque d’aisance ou la crainte de tomber ou de se faire renverser sont des facteurs qui les empêchent de se déplacer à vélo. De même que la gêne que représenterait une panne et susciterait des moqueries ou réflexions sexistes à leur égard.

Malgré ce faible pourcentage, le vélo a permis aux femmes de s’émanciper depuis la fin du 19e siècle. D’abord symbole de progrès, il devient symbole de liberté. Les femmes qui s’en emparent sont libres et indépendantes. D’un point de vue vestimentaire, le vélo a permis à la gent féminine de quitter corsets et longues robes pour des « pantalons féminins ».

Encore aujourd’hui, la pratique du vélo pour les femmes est encore très mal vu, voire interdite dans certains pays. Au Caire par exemple, les femmes sont harcelées sexuellement lorsqu’elles sont à vélo, car leur posture est jugée « indécente ».

« [le vélo] a fait plus pour l’émancipation des femmes que toute autre chose dans le monde […] Je me réjouis à chaque fois que je vois une femme à vélo […] l’image d’une féminité libre et sans entraves. » Susan B. Anthony, féministe états-unienne 1896.

En plus d’être une parade contre le réchauffement climatique et une arme anti-terroriste, le vélo est un allié libérateur. Alors en selle !

bicyles

La ville est à usage mixte, pourquoi devrait-elle favoriser un seul sexe ? Ce livre est un kit de solutions pour rendre la ville plus égalitaire. Tout le monde devrait s’en emparer pour qu’enfin, femmes et hommes circulent sur un même pied  (et une même pédale ) d’égalité et de sérénité.

NOTA BENE POUR ENQUÊTE EN COURS :

Toujours à  Bordeaux, suite à une enquête de l’Observatoire bordelais de l’égalité réalisée en 2014 et 2015, il avait été mis en évidence un taux préoccupant de harcèlement et de comportements sexistes dans l’espace public. Une situation plus particulièrement exacerbée dans les transports en commun où le phénomène des « frotteurs-frôleurs » se développe.

Les 28 communes de la Métropole (dotée de la compétence des transports),  la Mairie de Bordeaux et la société Kéolis, ont décidé de commanditer une enquête plus poussée sur le thème « Femmes et déplacements dans l’espace public« .

Plus il y aura de participations et plus les résultats (prévus en septembre 2016)  seront probants.

Répondre à ce petit questionnaire concocté par l’ARESVI (l’Association de Recherches et d’Etudes sur la Santé, la Ville et les Inégalités) et les chercheurs Johanna Dagorn, Laetitia César Franquet et Arnaud Alessandrin ne prend que quelques minutes. Alors filles et femmes de 15 ans à pas d’âge, à vos claviers !

enquête

Réagis putain

Toutefois, j’aimerais conclure ce billet sur celui écrit par un homme*, oui, un homme, sensible (dans tous les sens du terme) à la cause et au quotidien des femmes. Un texte qui traite de harcèlement et lui oppose courage, intelligence et esprit d’à propos. Parfaite démonstration que la virilité ça peut être autre chose que de jouer les gros bras et que « faire reset« , c’est vraiment l’affaire de tous.

Merci Vincent Lahouze !

* « Toi, j’vais te baiser« 

 

 

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