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Jugeote

SCARECROW, du blues à 90 bpm*

Il aura fallu faire aux Toulousains de Scarecrow le tour du monde avant qu’ils ne remettent un pied à Bordeaux.
L’une des dernières dates de leur tournée internationale s’est déroulée le 29 septembre dernier, à la Rock School Barbey. Et quand j’écris « internationale », j’ÉCRIS « internationale » : États-Unis, Canada, Thaïlande, Europe de l’Ouest et de l’Est, pendant plusieurs mois, le groupe a sillonné les routes et traversé les océans pour offrir à son public des ondes positives et fédératrices

Scarecrow on tour

Scarecrow, c’est un peu un hybride de la musique. Une batterie, une basse, une guitare, une platine, un bluesman et un rappeur : voici les ingrédients du « Blues Hiphop« … Mais encore faut-il savoir les mélanger ! C’est ce que Slim Paul (le chanteur et guitariste), Antibiotik (le DJ et rappeur), Jamo (le bassiste/Choriste) et Le Pap’s (batteur) s’appliquent à faire depuis maintenant 7 ans. Les sonorités blues se mêlent aux scratches du hip-hop pour laisser aux deux voix les moyens de s’exprimer en toutes harmonies.

« Ici, on fabrique un vaste édifice » – The Well

Leur histoire a commencé par une soirée sur les berges de la Garonne, sur Toulouse, à la Daurade, plus exactement. Slim et Antibiotik se sont rencontrés autour d’une guitare. C’est là que le coup de cœur musical s’est produit. Peu de temps après, Slim fait la connaissance de Jamo qui lui-même connaissait Le Pap’s… Vous suivez ? Des rencontres fortuites que le hasard a poussées, que la musique a rassemblées et que la créativité a concrétisées. La concrétisation d’un changement, d’un bousculement des codes. Jonglant entre le français et l’anglais, le blues et le hip-hop, le rap et le chant, leur genre est à l’image d’aucun autre. Ils prennent une longueur d’avance en inventant leur propre univers, leurs propres rimes et leurs propres rythmes. Incomparables, ils se démarquent, et n’en déplaise aux puristes !

Antibiotik raconte :

« Slim faisait déjà du blues, moi je faisais déjà du hip-hop et ça a matché direct… Du coup on s’est dit « allez ! On y va! ».

« Du blues crade habile, dans le rap je suis la tâche » – The Well

Le blues est une musique mélancolique, comme l’indique son nom, qui tient son origine « d’idées noires » en anglais. Le rap français, quant à lui, est plus contestataire au niveau de la structure sociale en elle-même. Scarecrow mélange avec équilibre ces deux univers pour nous offrir des paroles teintées d’un esprit rebelle. Pourtant, Antibiotik, le rappeur, ne se sent pas l’âme d’un messager :

« J’ai commencé à écrire à 14 ans, mais depuis l’âge de 7 ans j’écoute du rap. […] L’écriture est un acte égoïste. Maintenant, si ça parle aux gens, c’est cool. Mais je n’ai pas la prétention d’être porteur d’un message. Je ne suis personne pour faire ça. […] En plus, le problème des textes, c’est qu’il ne faut pas être trop engagé sinon le grand public ne t’écoute pas. En même temps, si tu fais des textes trop lisses, le grand public t’écoute sans problème mais toi, en tant qu’artiste, qu’est-ce que tu apportes ? Pas grand chose. »

Malgré sa mesure et sa modestie, Antibiotik n’en reste pas moins un rappeur qui a des choses à dire : pendant que les médias (la télévision tout particulièrement) se prennent un uppercut, les politiques ramassent un high-kick alors que la société de consommation est déjà à terre. La preuve en est :

« Quoi qu’on fasse, la révolution ne sera pas télévisée »- Left Behind

La télévision est le centre névralgique de beaucoup de foyers français. Elle les accompagne dans leur quotidien : écoutée en fond sonore ou attentivement, elle occupe une place de choix dans leurs façons de penser et d’agir. Pour Scarecrow, elle est le quatrième pouvoir après l’exécutif, le législatif et le judiciaire et certainement le plus influent.

« Pas de mise en perspective, ça enfile du cliché déconfit » – Left Behind

Pourtant, ils regrettent qu’elle ne se fixe que sur des détails, comme avec l’affaire de « nos ancêtres les Gaulois » récemment, alors que les Français rencontrent des problèmes plus importants au quotidien :

« Il faut toujours un bouc-émissaire et aujourd’hui ce sont les immigrants. C’est pour pouvoir éluder les véritables problèmes sociaux que l’on rencontre aujourd’hui tel que l’accès à l’emploi pour les jeunes ou le fait de se voir moins bien vivre que nos parents. »

Media de premier choix pour tous les amoureux de la musique, la toile est un support à double tranchant. Pourtant leur opinion sur internet est beaucoup plus favorable :

« Si t’as un peu de jugeote, Internet est un outil formidable malgré ses côtés ultra égocentrés. Il y a plein de choses qui font évoluer la société dedans, comme les sites de pétitions. »

Pour ce qui est de la révolution citée, nous n’y sommes pas encore selon Antibiotik :

« Pour qu’il y ait révolution, il faut que les gens soient dans une telle déprime ou un tel mal-être qu’ils soient persuadés que ce sera mieux après, qu’avant. »

La Scarecrow philosophie

Vous avez compris ? Pour Scarecrow, la chose à faire, tout de suite et de couper les écrans et sortir de chez soi pour faire bouger les choses.

Indépendant jusqu’aux bouts des ongles, libre d’esprit jusqu’aux États-Unis, insoumis jusque dans leur musique, ce groupe toulousain n’a rien à envier aux plus grands. Par la force d’une rencontre au bord de la Garonne, les membres se sont placés sur la partition à la perfection pour nous offrir des sonorités endiablées, dansantes et rythmées. Bien accueilli des deux côtés de l’Atlantique, Scarecrow nous fait voyager avec eux. Antibiotik, le rappeur, influencé par Akhenaton d’IAM, n’oublie pas de vider sa tête grâce à sa plume pour nous offrir un discours qui nous pousse à réfléchir sur nos actions, notre société et notre avenir.
Un groupe qui vaut le détour pour se changer les idées, littéralement, et s’ouvrir l’esprit sur des champs musicaux encore rarement exploités.

 

* battement par minute