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Climax, l’Amazonie, le Chef Raoni, émoi, émoi, émoi

J’ai fait beaucoup de conférences de presse dans ma vie de journaliste/serial blogueuse. Mais jamais aucune ne m’a secouée autant que celle de la 5ème édition de Climax, dont le thème de cette année est : L’Amazonie ou le déracinement du monde.

Après les océans, la sortie des énergies fossiles, l’accueil des réfugiés et l’appel des fraternités, quand ils ont choisi le sujet de l’Amazonie, les organisateurs de ce festival hybride qui mélange culture, concerts, conférences, arts et sports urbains, n’imaginaient pas à quel point l’actualité leur donnerait cruellement raison.

Des Chartrons vers l'Amazonie
A défaut de pouvoir faire du vélo, prendre le bus pour se rendre à la conférence de presse de Climax et enrayer le réchauffement climatique.

En effet, il faudrait vivre sur la lune pour ignorer que depuis le début du mois d’août, l’Amazonie, poumon vert de la terre, fait face à d’importants incendies ravageurs. Des feux principalement dus à une déforestation galopante, qui si elle n’est pas nouvelle, a, depuis l’élection du président brésilien Jair Bolsonaro connu une sévère accélération. Ce dernier considèrant en effet la plus vaste forêt tropicale du monde, dont 60 % se trouvent en territoire brésilien, comme une manne économique à développer, en incorporant de nouvelles zones agricoles pour la production de viande et de soja et en ouvrant de nouvelles concessions minières.

L’Amazonie, en chair et en os, sur le sol de la caserne Niel

Arrivées à Darwin, deux semaines avant le début de l’événement programmé du jeudi 5 au dimanche 8 septembre, des délégations autochtones incluant celle du cacique Raoni Metuktire, de la tribu Kayapo, entre des séances de travail collectif avec les Darwiniens et des ONG, sillonnent le territoire pour défendre leur cause.

C’est ainsi qu’en marge du G7 au pays basque, le chef Raoni aura rencontré Emmanuel Macron et on l’aura vu, le 2 septembre, sur ARTE, dans le cadre de l’émission d’Elizabeth Quin : 28 minutes.

C’est ainsi aussi que, tandis que la conférence de presse se déroulait depuis près d’une heure autour de :

ne voilà t-il pas qu’apparait, la tête auréolée de plumes jaunes et la bouche distendue par le plateau labial le plus célèbre de la planète, celui qui, âgé de 89 ans, lutte inlassablement pour la préservation de la forêt amazonienne et de la culture indigène. Entouré d’un petit groupe d’hommes et de deux femmes, tous indiens, à l’exception de l’interprète brésilienne chargée de traduire ce que chacun, tour à tour, exprimera, le chef Raoni  prendra place au milieu des intervenants.

Kaleidoscope avec le chef Raoni

Une conférence de presse empreinte de tristesse et d’empathie

Et là je peux vous dire que le curseur des vibrations est monté très haut. Il est des êtres qui dégagent une telle intensité que tout le monde est captivé. D’autant plus quand il est question de sauver des peuples menacés, un éco-système ravagé et un air pollué par des colonnes de fumées dans le ciel saturé d’énormes quantités de carbone.

Ce peuple, gardien de la forêt qui le fait vivre et respectueux de son environnement, dont le récit vous sert la gorge et vous fait ressentir un tel sentiment de tristesse et d’injustice. Allant même jusqu’aux larmes ! Celles notamment partagées avec Kaiulu Rodarte Kamaiura, seule femme de la délégation, dont l’intervention m’a bouleversée. Et je ne fus pas la seule.

Accompagnée par Romain, mon jeune stagiaire de 19 ans d’origine portugaise, qui a su retranscrire dans son intégralité le passage où Kaiulu, en brésilien s’est exprimée et dont je tenais à partager avec vous la vidéo. Un moment si poignant où beaucoup pleurèrent, que je n’ai pas pu m’empêcher, une fois la conférence terminée, d’aller la prendre dans mes bras. Étreinte de soutien, manifestation de sororité, empathie féminine.

Trace en vidéo de l’intervention de Kaiulu

Les mots de Kaiulu Rodarte Kamaiura, la voix des femmes des forêts de l’Amazonie

Je suis présidente d’une association de femmes qui représente seize peuples. C’est un honneur pour moi d’accompagner le combat du chef Raoni, d’être la seule femme de cette délégation. Mon grand père a été compagnon de Raoni dans la lutte pour la démarcation des terres. C’est un honneur d’être avec lui.


Je remercie Philippe et Nathalie de nous donner cette opportunité, surtout au nom d’une femme, et amener la voix des femmes des forêts qui en sont gardiennes.
D’amener la voix de tous ces peuples qui au quotidien sont toujours en train de défendre cette nature. Nous voyons bien aujourd’hui les effets du changement climatique. Dans notre propre territoire dans le Chigon (?) on a pu voir les changements. Le monde pleure. On voit moins de pluie à certaines périodes de l’année, on voit des forêts se sécher et certaines plantes que nous utilisions traditionnellement ne vivent plus. Et je crois alors qu’à Climax il y aura des gens qui seront vraiment concernés par les problèmes climatiques. Les gens que je considère comme faisant partie du bien, c’est à dire ceux qui sont concernés non pas seulement par les questions humaines, mais par les questions de la nature.

Et je veux dire que nous, peuples autochtones, nous sommes les seuls sur place, là, en train de protéger la nature, tout le temps. La forêt pour nous, elle est tout, elle est vie. On extrait tout ce dont on a besoin pour vivre de cette même forêt sans la détruire. On en extrait la nourriture, les médicaments. Et cette forêt est notre maison, elle est notre supermarché, elle est tout pour nous. Donc moi je demande au monde qu’il nous aide pour préserver ce qu’il nous reste. Si la forêt se meurt, nous allons mourir avec elle, nous peuples autochtones. Qu’est-ce qu’on va laisser à nos petits neveux, à nos petits enfants? Qui va raconter les histoires? On va vivre que dans les livres maintenant?

Dans le monde d’aujourd’hui, on ne connaît que les choses sur papier. On sait que nous on existe encore et on vit. Les gens parce qu’ils ne connaissent pas notre histoire écrite de cette manière, ils ne s’intéressent pas à nous protéger et à protéger la nature.
Au Brésil on a pas l’opportunité de pouvoir parler comme on est en train de le faire ici, de parler de nos peuples. Le Brésil surtout pendant ce gouvernement est en train de dire que nous sommes (*émue aux larmes, elle ne peut parler, puis reprend la parole*) en retard de développement. Ce n’est pas vrai.
La société non autochtone insiste à ne pas vouloir reconnaître que nous sommes originaires de cette terre, que nous sommes des personnes originaires de cette terre. Le Brésil n’a pas été découvert, il a été envahi et ça c’est clair nous étions déjà là-bas.

Merci beaucoup !  De la gratitude d’être ici à témoigner et porter la parole des femmes qui sont là-bas sur la base !

Voilà ! je ne peux que conclure en vous invitant à assister aux conférences (gratuites) qui vont s’étaler sur 4 jours, car ce déracinement, c’est bien aussi le nôtre. Nous ne sommes qu’un peuple, nous sommes tous des Amazonien(ne)s !

Programmation intégrale de la 5ème édition du Festival Climax 2019

▶️ www.facebook.com/events/

À propos de l'auteur

Isabelle Camus

Blogueuse en série, obsédée textuelle anglophile, bio, tea & bike addict, écolo geek & digital granny de la génération X. Lady gaga de chats, elle partage sa vie avec Clifton, son rouquin, câlin, taquin de félin.

Commentaires

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  • Cette conférence devait certainement être très intéressante et riche en émotion.

    Le simple fait qu’une personne, telle que le chef Roani, fasse le tour du monde afin de faire des interventions comme celle-ci, montre l’urgence à laquelle son peuple doit faire face.
    Cela montre aussi qu’à moyen terme, nous sommes TOUS concernés.

    Combien de désastre écologiques allons nous devoir surmonter avant qu’il y ai une réelle prise de conscience mondiale et à tous les niveaux de population ?

    Bravo pour cet article qui permettra, peut-être, à son échelle, à faire évoluer les façons d’agir

    • Cher Pierre je te trouve aussi émouvant qu isabelle quand sa plume se fait entendre sur une page.Il y a dans cet article quelque chose de profond car on peut y déceler tant d émotion et de tristesse ce que j ai éprouvé en regardant la conférence sur son site.
      L amazonie n est que le symptome d un monde en perdition et des jours sombres s amoncellent sur l avenir.

      Vois tu Pierre Isabelle se bat, Isabelle s engage mais elle est si petite que son combat semble bien incertain.
      Ton commentaire fini sur un peu d optimisme alors je te laisse médité sur une citation de Stephen Hawking « le combat est perdu »

      Cet article est remarquable mais nous laisse désemparé

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Serial Blogueuse Chartrons BordeauxIsabelle Camus (comme Albert) née un 13 juillet (comme Simone Veil). Blogueuse en série éclectique, obsédée textuelle assumée, vélo reporter rébiolutionnaire, à la pointe de mon stylo, je me plie en quatre pour te faire découvrir Bordeaux (mais pas que) en mode Culture, Écologie, Quartiers, Cause des Femmes, V.I.P. aka Very Intéressantes Personnes et Animots.
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