Magma au Théâtre Femina le 06/03/2020
Jugeote

Magma en fusion a fêté ses 50 ans au Fémina

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Ou comment en ce 6 mars 2020, Jugeote a envoyé au front un néophyte trentenaire pour se faire sa propre expérience d’un groupe quinquagénaire et… culte.
Quand j’ai vu que Magma débarquait à nouveau sur Bordeaux, cette fois au Théâtre Fémina, j’étais enthousiaste comme un fan de Garou avant un épisode de The Voice. Magma, ce groupe dont beaucoup connaissent le nom sans savoir citer un seul de ses titres. Ainsi, fait-il partie de ceux, nombreux et malchanceux, dont la notoriété est inversement proportionnelle au nombre de disques vendus… Et des disques, pourtant, ils en ont enregistré. Depuis Magma en 1970 jusqu’à Zëss en 2019, plus d’une vingtaine.

Comme beaucoup d’entre nous, j’avais entendu parler de Magma comme étant un groupe inclassable et mystérieux. Je ne connaissais que l’œuvre fondatrice “Mekanik Destruktiw Kommandoh“. Une goutte d’eau dans l’océan créatif de ce collectif à géométrie variable qui a su forger un vérifiable culte auprès de ses adeptes durant cinq décennies.

La musique qui venait d’ailleurs de Magma

Formé à l’aube de la glorieuse décennie 70, le groupe est depuis toujours dirigé par Christian Vander, son batteur, son cerveau et… son gourou. Le mot est lâché. Ceux qui ont porté la fameuse tunique sombre accompagnée du symbole de Kokaïa (mythologie toute droit sortie de l’esprit fou de Vander) savent de quoi je parle, même si je n’ai pas étudié le kobaïen au lycée. Car au-delà de la musique, faite de longue plages d’improvisations mélangeant allègrement jazz, rock et chœurs gutturaux, le groupe s’est forgé une esthétique mystérieuse, limite sectaire. Mais cela est un autre débat qui n’a plus lieu d’être depuis la fin des années 70.

Revenons à ce qui nous intéresse, la musique, cette musique, si singulière, celle incarnée par John Coltrane (une des influences majeurs du fondateur de Magma), ultime période, dont Christian Vander affirme dans Sud-Ouest qu’il n’est pas “comme Miles (Davis, NDLR). Lui, il a figé ses musiciens dans un certain style. Coltrane, au contraire, laissait toujours des ouvertures aux siens.” Pour Vander :

“la musique, elle, est toujours là. Quand on marche, on est en musique. Il faut entrer en elle. Pour être musicien il faut être constamment prêt à la recevoir. Pas seulement quand on est avec son instrument. C’est quand j’ai compris ça que j’ai pu aller vers plus de souplesse : étirer le temps, jouer sur le temps, un peu après ou un peu avant, mais en gardant toujours un tempo intérieur dans son esprit.”

Une setlist des années 70 à aujourd’hui

En ce soir de mars 2020, cinquante ans séparent donc les débuts du groupe à aujourd’hui. Entre-temps, le collectif a vu pas loin de vingt-cinq musiciens rentrer et sortir de cette auberge espagnole, où chacun devait allégeance à Dark Vander.

Ce soir donc, ils sont onze (six aux voix et chœurs, deux claviéristes, un bassiste, un guitariste et donc le batteur, maître de cérémonie, Christian Vander himself).

C’est là que le voyage spirituel vers l’ailleurs débute. La musique démarre sur les chapeaux de roues, chœurs féminins répondant au tonnerre rythmique de la double batterie de Christian Vander.

Comme il l’expliquait dans les colonnes de Sud-Ouest, Magma avait prévu “une suite de mouvements, agencés à la façon d’une symphonie classique… Avec des titres des années 70 comme « Ẁurdah Ïtah » ou « Mekanïk Destruktïẁ Kommandöh », des morceaux récents comme « Ëmëhntëhtt-Rê » et aussi « Auroville », un très joli thème de Michel Graillier, un formidable pianiste, malheureusement disparu. Le concert durera un peu moins de deux heures.”

Should I stay or should I go ?

Le(s) morceau(x) s’enchaîne(nt) donc et on se met à hésiter entre enthousiasme et bâillement. Parfois, le groupe donne l’impression d’être en mode pilotage automatique et de taper une jam session de free jazz, très free pour le coup. Au bout de moins d’une heure, je suis confronté à un douloureux dilemme, partir ou rester, rester ou partir ?

Partir car cette musique me gonfle, elle me semble prétentieuse, ankylosée dans une époque, à l’instar d’une partie du public qui donne l’impression d’être sortie de la naphtaline, des plateaux du Larzac ou d’un programme écolo de René Dumont.

On m’avait prévenu, pourtant, le jazz-rock, c’est le pire du jazz et du rock. Oui, vous savez ce genre démocratisé par des groupes comme Ange ou Gong, les ex-babas soixante-huitards savent de quoi je parle.

Sinon rester, car ce n’est pas tous les jours que l’on assiste à la venue d’un groupe “mythique” ou “mystique”, c’est selon.

Finalement, je suis un être bien faible et sans courage. Je choisis donc de rester jusqu’à la fin des (deux !!!) rappels. Je remercie le groupe d’avoir épargné mes oreilles d’un troisième. Pour autant, une fois les deux heures du spectacle passées et les lumières se rallumant, je ne peux m’empêcher de me lever et d’applaudir ces étranges musiciens venus d’ailleurs. Leur langage ne me parle pas, leur audace, elle, a tout mon respect.


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À propos de l'auteur

Tomas Mitty

Baroudeur, observateur, rêveur, découvreur, partageur, passeur, j'ai la modeste prétention de créer une passerelle entre ma passion pour la photographie et la musique.

Car j'aime ces deux formats qui peuvent être complémentaires, s'alimenter et se nourrir l'un de l'autre.

J'ai intitulé ma page Facebook, Neuköln Photography, en hommage à David Bowie et à un de mes morceaux favoris sur l'album Heroes : Neuköln, emprunt d'une ambiance sombre et introspective qui allait préfigurer la cold wave.

L'idée, ici, étant de faire dialoguer un morceau de musique qui m'inspire avec les photos que je prends au fil de l'eau, de mes pérégrinations et de mes rencontres. Une esthétique essentiellement en noir et blanc afin d'affirmer une dimension hors du temps, comme un jeu entre ombre et lumière, entre clarté et contraste.

Commentaires

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  • D abord nous devons rendre hommage à Thomas d avoir survécu à un concert de Magma puis à un double hommage pour avoir su tirer de cette expérience une chronique originale qui ressemble a un périple musicale si ce n est un chemin de croix pour nos oreilles. pas besoin d écouter Magma pour avoir des acouphènes le nom suffira
    Certes le groupe est culte , enveloppé d un limbe mystérieux , usant d une langue qui ne l est pas moins et cultivant à son profit une part énigmatique, étrange voire inquiétante.
    Si pour thomas la langue de Magma ne lui parle pas ce qui me parait logique leur musique ne me fait point chantonner

    Christian Vander vous etes un artiste, john Coltrane était un génie quand à Thomas son coup de plume un plaisir

  • A mon avis ? Tu es passé à côté de quelque chose sans sentir une partie du truc.
    A mon avis ? Sexe masculin.
    A mon avis ? Retournes-y lors des prochaines dates…
    Bien à toi,

    • Bonjour
      Je te remercie pour ce retour. Effectivement, comme tu dis, je n’ai pas senti le truc. Je pense que même en y retournant, j’aurais du mal à accrocher. Pourtant, je suis assez ouvert musicalement mais pour moi, ce language musical ne me parle pas.
      Bien à toi,

  • Magma n’a jamais été du jazz-rock…Les compos de magma anckylosées dans une époque .. ?? Il vaudrait mieux écouter les harmonies et milliers de rythme que génère ce groupe. .. ? A moins de préférer l’auto-tune et la grande pauvreté harmonique et rythmique actuelle!

    • Bonjour Hattori

      Je comprends ta position. Concernant la mienne, il s’agit tout comme toi de celle d’un passionné de musique depuis toujours. Par ailleurs, allergique à l’auto tune !

      Donc, je comprends que tu défendes cette musique. Je ne rejette pas la musique de Magma, j’ai exprimé mon point de vue, avec mes mots, mon esprit et mon second degré. En aucun cas, je ne cherchais à vexer qui que ce soit.

      Musicalement vôtre !

  • On ne peut pas plaire à tout le monde et je trouve très honnête de donner un point de vue divergent face à une musique qui suscite beaucoup de passions.
    Il y a quelques erreurs dans cet article, toutefois. La plus notable étant liée aux improvisations. En réalité, il n’y en a quasiment pas dans la musique de Magma, à l’exception parfois d’un moment au cours de telle ou telle longue pièce. Magma n’est pas du tout un groupe qui joue du free et on commet souvent l’erreur de faire un lien direct avec John Coltrane, qui est une sorte de “père spirituel” de Christian Vander. Or, on n’entend quasiment pas la musique de Coltrane dans celle de Magma (contrairement à Offering ou le trio/quartet de Vander). Le saxophoniste est une influence dans l’esprit, pas dans la forme. Et, soit dit en passant, le raccourci Coltrane > free jazz est également une erreur.
    Je pourrais également commenter ce qui est dit au sujet du jazz-rock. On ne peut pas tout jeter ainsi, en bloc. Bien sûr, le pire est advenu en la matière, mais le meilleur aussi, et qui vieillit très bien.
    Bien à vous,
    Denis

    • Bonjour Dénis

      Je te remercie pour ton témoignage, ton analyse et ces informations que je n’avais pas !

      Vander parle tellement de son maître Coltrane que je ne me voyais pas occulter cette influence dans l’univers de Magma. Mais oui, il s’agit bien de distinguer l’œuvre de Magma de celle de Coltrane ! Quant au jazz-rock, j’imagine bien qu’il y a des groupes et artistes audibles !

      Bien à toi,

I Blog You

Isabelle Camus (comme Albert).
Née un 13 juillet (comme Simone Veil).
Blogueuse en série éclectique.
Storyteller chevronnée et vélo reporterre aguerrie. À la force de mes mollets et à la pointe de mon stylo, je m’applique à mettre en lumière avec style et sens, sans vendre mon âme aux algorithmes, tout en caressant le SEO dans le sens du poil, celles et ceux qui font bouger les lignes.
C’est ainsi qu’au fil de mes rubriques et de mes partis pris, je parle :
Lifestyle – Culture – Écologie – Vie de quartier – Cause des femmes – Bien-être animal –
Le tout 100% made in Bordeaux, la ville où en 1960 je suis née, que je n’ai jamais quittée et que j’ai vue évoluer.
Pour en savoir davantage sur qui je suis, mes kiffs et mes coups de griffes, c’est par ici […]

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