Jugeote

Eleanor Rigby (1966) des Beatles ou l’ultra-moderne solitude selon Neuköln Photography (2021)

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All the lonely people
Where do they all come from ?
All the lonely people
Where do they all belong ?

(Refrain d’Eleanor Rigby des Beatles)

Eleanor Rigby, une symphonie tragique

Je pourrais écrire une thèse sur ce morceau, tellement il y a de lectures et d’interprétations possibles.

La dramaturgie confine au génie dans cette symphonie de poche composée par les quatre de Liverpool, alors au sommet de leur art.
L’écouter en boucle, c’est succomber à une obsession, tellement les cordes sont sublimes et subliment la tension que l’on sent s’échapper des paroles.

Des mots qui content une histoire tragique, d’absence, de solitude et d’incommunicabilité entre les êtres… Celle d’une femme qui vit dans ses rêves, à défaut de les réaliser, nettoie les églises après les mariages et attend on ne sait qui à la porte de chez elle… Celle du Père McKenzie qui écrit des sermons que personne n’écoute et reprise ses chaussettes, seul, le soir, chez lui.

Ce chef-d’œuvre pop absolu ne dure qu’à peine deux minutes… Imaginez qu’à l’époque, les Beatles ne jouent d’aucun instrument sur ce morceau, se contentant d’en assurer les chœurs. C’est George Martin, le cinquième Beatle, qui écrit la double partition du quatuor à cordes (quatre violons, deux altos et deux violoncelles) et qui accompagne la voix de Paul McCartney, s’inspirant volontairement de Bernard Herrmann, le compositeur attitré des films d’Alfred Hitchcock.

George Martin: the man who helped make the Beatles truly great.

En 1966, ce morceau a du être une claque monumentale pour ceux qui ont eu la chance de l’entendre pour la première fois. Il l’est encore plus d’un demi-siècle plus tard.

Alors, cette photo m’a inspiré ce morceau. Je l’ai prise pas loin de chez moi, dans cette vieille gare SNCF qui survit laborieusement dans ce monde où les services publics disparaissent les uns après les autres…

Cette dame était seule, attendant je ne sais qui, je ne sais quoi, un train qui ne passera sans doute jamais… comme une lointaine descendante d’Eleanor Rigby. Je lui ai demandé ce qu’elle faisait là avant de la prendre en photo. Elle me répondait qu’elle passait le temps car elle s’ennuyait chez elle. On a échangé quelques minutes sur son existence, sur nos quotidiens, pas si éloignés, finalement. On sentait une lassitude dans sa voix. Elle était accrochée à son portable comme si c’était l’unique moyen qu’elle avait trouvé de se raccrocher à la vie.

Maintenant, quand je passe devant cette gare, je pense à cette dame et à son portable. Peut-être a-t-elle finalement réussi à le prendre, ce train…


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À propos de l'auteur

Tomas Mitty

Baroudeur, observateur, rêveur, découvreur, partageur, passeur, j'ai la modeste prétention de créer une passerelle entre ma passion pour la photographie et la musique.

Car j'aime ces deux formats qui peuvent être complémentaires, s'alimenter et se nourrir l'un de l'autre.

J'ai intitulé ma page Facebook, Neuköln Photography, en hommage à David Bowie et à un de mes morceaux favoris sur l'album Heroes : Neuköln, emprunt d'une ambiance sombre et introspective qui allait préfigurer la cold wave.

L'idée, ici, étant de faire dialoguer un morceau de musique qui m'inspire avec les photos que je prends au fil de l'eau, de mes pérégrinations et de mes rencontres. Une esthétique essentiellement en noir et blanc afin d'affirmer une dimension hors du temps, comme un jeu entre ombre et lumière, entre clarté et contraste.

Commentaires

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  • Un conte symphonique,

    Un conte, une allégorie magnifiés par une plume aussi belle que sensible, une chronique voyageuse conjuguant passé et présent au hasard d’un chemin où Thomas rencontre celle qu’il a semblé chercher depuis si longtemps, Eleanor Rigby.
    Les photos s’habillent toujours de noir et de blanc quand elles se veulent romantiques et tout le romantisme de Thomas s’y exprime avec talent,

    Merci pour ce beau voyage Thomas !

    • Bonjour Eric

      Je te remercie pour ce retour qui me fait très plaisir !
      Effectivement, l’expression « chronique voyageuse » me plait beaucoup car c’est un peu l’idée de mon travail.

      Au plaisir !

I Blog You

Isabelle Camus (comme Albert).
Née un 13 juillet (comme Simone Veil).
Blogueuse en série éclectique.
Storyteller chevronnée et vélo reporterre aguerrie. À la force de mes mollets et à la pointe de mon stylo, je m’applique à mettre en lumière avec style et sens, sans vendre mon âme aux algorithmes, tout en caressant le SEO dans le sens du poil, celles et ceux qui font bouger les lignes.
C’est ainsi qu’au fil de mes rubriques et de mes partis pris, je parle :
Lifestyle – Culture – Écologie – Vie de quartier – Cause des femmes – Bien-être animal –
Le tout 100% made in Bordeaux, la ville où en 1960 je suis née, que je n’ai jamais quittée et que j’ai vue évoluer.
Pour en savoir davantage sur qui je suis, mes kiffs et mes coups de griffes, c’est par ici […]

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